LE CHI SAO DU WING CHUN

Le « Chi Sao » est une méthode unique en son genre, extraite du Wing Chun, un art martial chinois qui fait partie des « Styles du Sud ». Le chef de file du Wing Chun était le grand maître M. Yip Man de Hong Kong.

Il existe plusieurs approches de la technique du Chi Sao : Certains le pratiquent pour acquérir une plus grande habileté technique, d’autres pour avoir une position correcte et instinctive des mains. Certains regardent le Chi Sao comme un exercice de force, tandis que d’autres recherchent le sens aigu du toucher qu’il  enseigne. En fait, cet exercice est tout cela et plus encore. Ce qui suit est ma propre interprétation du Chi Sao.

Pendant mes années d’apprentissage, j’ai considéré le Chi Sao comme un entraînement psycho-physique, qui canalise ce que j’appelle un flot d’énergie constant. L’idée de flot constant est une aide précieuse quant à l’efficacité et à l’application de cette technique.

Pour illustrer le terme « flot d’énergie », imaginons que « A » possède un courant d’eau blanche qui jaillit de son bras, tandis que pour « B » il s’agit d’un courant noir qui jaillit pour se fondre avec le courant de « A ». Tant que le flot s’écoule de façon constante entre A et B, les courants ne s’interpénètreront pas.  Avec ce flot d’énergie, les mouvements apparemment physiques sont imprégnés de qualités psychologiques. Si quelqu’un presse le bras d’un individu qui possède ce flot, il ressentira immédiatement un flux le pénétrer.

Ce n’est pas tant une sensation d’opposition, de secousse, qu’une pression sur un ressort puissant. Le bras est plein et résistant, presque vivant, avec une sensation de direction et de régularité : en un mot, juste ce que l’on demande à une main.

Si le courant noir cessait de couler, ne serait-ce qu’un instant, le blanc pourrait réussir sa pénétration. On peut comparer le flot d’énergie à l’eau qui remplit toutes les cavités possibles, de la manière la plus efficace. Dans le style du Wing Chun, le Chi Sao se pratique à une ou deux mains. En roulant leurs mains, en harmonie ou au contraire en opposition, les pratiquants cultivent leur flot d’énergie. Il s’agit, pour chacun d’eux, de garder un flot constant et de combler toutes les brèches à chaque enroulement. À mesure qu’il s’entraîne, son énergie se raffine, et les trous se font de moins en moins nombreux.

Apprendre le Chi Sao correctement requiert un instructeur qui guide son étudiant pas à pas et l’alimente du juste flot, comme un générateur qui alimente une batterie. Dans les mains d’un novice, le Chi Sao peut tourner en compétition de force ou en lutte : en haut, en bas, à gauche, à droite. Une telle pratique non seulement gênera la compréhension, mais sera de plus immédiatement contrée par un opposant dur. Une énergie qui coule correctement entre les mains du pratiquant est comme l’eau qui coule dans un tuyau : si on ouvre l’eau et qu’on la coupe, le tuyau sautera brutalement.

 

À partir des positions du Chi Sao, chaque pratiquant tente de toucher son adversaire.

Muni du flot constant d’énergie, le défenseur surnage et dissout la force de son adversaire, à la manière d’un bateau que les vagues jettent en l’air sans succès, comme pour 

emprunter la force de l’adversaire afin de compléter la sienne propre.

Dans cet exercice, les deux pratiquants sont les moitiés d’un même tout.

Sauf dans le cas des positions de Chi Sao à une main, toutes les autres se pratiquent le coude plié. Cette position est importante en Wing Chun car elle agit comme amortisseur ou comme déflecteur de force auxiliaire au poignet qui ne détecterait pas l’augmentation soudaine de la pression d’une attaque de l’adversaire. En d’autres termes, la position « coude plié » est la marque du styliste en Wing Chun.

Le coude est un centre inamovible (pas au sens d’immobile), qui ne change pas, tandis que les avant-bras et les mains se plient et s’adaptent aux changements.

Ainsi, les mains, en Chi Sao, doivent être douces sans être molles, et fermes et fortes sans être dures ou raides. On peut classer le Wing Chun dans les styles doux, bien que je n’aie jamais cru à de telles classifications. De toute façon, comparé aux autres styles « doux », le Wing Chun est d’une structure plus économique. De plus, les mouvements de main qu’on utilise en Wing Chun sont d’un emploi très varié. En offensive, le Chi Sao utilise surtout l’énergie directe, vers l’avant. En défense, il fait usage des arcs déviés aussi bien que des coups droits et pénétrants. Le pratiquant du Wing Chun va au cœur du mouvement, laissant son adversaire tourner à la périphérie. Il apprend aussi à envisager le mouvement de son adversaire avec plus d’économie, à savoir en ne réagissant pas plus que nécessaire, mais en allant droit du centre à la périphérie ou « juste assez » de l’extérieur à l’intérieur, sa ligne de centre étant bien gardée par son coude. 

Le « Chi Sao – Wing Chun », surtout muni du flot d’énergie, apporte sa contribution à l’entraînement  général des artistes martiaux. Il ne faudrait cependant pas le considérer comme un but en soi, mais comme un moyen de parvenir au but. Certains pratiquants voient à tort dans le Chi Sao une forme de lutte, ce qu’il n’est pas. C’est plus justement une méthode d’entraînement, un guide dans l’apprentissage d’un style particulier (Wing Chun, Tai-Chi, etc.) Il peut être utile pour positionner correctement les mains, pour étudier les lignes et les angles économiques et, surtout, il permet de cultiver le sentiment du flot constant d’énergie. Voici une petite idée de ce qu’est le Chi Sao au sein du Wing Chun ; cultivez votre pratique surtout avec des adversaires de différentes tailles afin de développer un flot constant d’énergie qui s’adaptera à tout imprévu.